Des formulaires papier à la culture de sécurité : l'évolution de la gestion des situations potentiellement dangereuses
La mise en place d'un système efficace d'identification et d'élimination des situations potentiellement dangereuses (near miss) est une étape naturelle dans le développement de la culture de sécurité de toute entreprise de production. Le passage de l'enregistrement des faits d'accidents avérés à une gestion proactive des causes sous-jacentes permet non seulement de réduire le nombre d'incidents, mais aussi d'impliquer le personnel dans le processus de gestion des risques. Dans sa présentation, Veronika Ulyanova, responsable HSE de l'usine Knauf Insulation à Tioumen, partage son expérience pratique de la mise en œuvre d'un tel système dans une entreprise de 129 employés.
L'intervenante examine en détail le parcours de l'usine depuis ses premiers pas en 2015 jusqu'à l'obtention d'un résultat impressionnant : plus de 1800 jours sans accident. À la base de ce succès se trouve un travail systématique sur la base de la « pyramide de Heinrich » : les conditions et les actes dangereux.
Mécanique du système : de l'identification à l'élimination
La procédure de gestion des situations potentiellement dangereuses, que l'intervenante appelle « near miss », repose sur un algorithme d'actions clair pour chaque employé. Le principe clé n'est pas seulement de signaler un problème, mais aussi de prendre les premières mesures pour le minimiser.
- Actions immédiates : Lorsqu'il découvre une situation dangereuse, l'employé doit d'abord la signaler, la délimiter ou, si cela relève de sa compétence, éliminer la menace. Cela crée une responsabilité sur le terrain et empêche le développement de l'incident sur le moment.
- Information à plusieurs niveaux : Un système de formulaires papier est utilisé (trois feuilles autocopiantes de couleurs différentes). L'employé remplit le formulaire en décrivant le problème et les mesures prises, puis le transmet à son responsable.
- Évaluation et délégation : Le responsable évalue le danger et la pertinence des mesures prises. Si nécessaire, il fait appel aux services connexes pour l'élimination définitive du problème, en leur transmettant une partie du formulaire.
- Contrôle et retour d'information : Une fois le problème résolu, l'exécutant fait un rapport au responsable, qui informe à son tour l'employé. Le service HSE enregistre le fait et contrôle les délais.
Surmonter les obstacles : perte de vigilance et formalisme
La mise en œuvre de tout nouveau système se heurte inévitablement à des résistances et à des difficultés objectives. La présentation analyse en détail les principaux obstacles rencontrés par l'entreprise.
- « Perte de vigilance » : Les employés s'habituent à leur environnement et cessent de remarquer les dangers routiniers. La solution a consisté en des formations régulières et des dialogues sur la sécurité.
- Réticence à « dénoncer » : Une barrière psychologique qui fait que les travailleurs hésitent à signaler les actes dangereux de leurs collègues. Par conséquent, les statistiques penchent vers l'enregistrement des conditions dangereuses (défauts d'équipement, d'infrastructure).
- Conflit avec les KPI de production : La crainte que l'arrêt du processus pour éliminer un risque n'ait un impact négatif sur les indicateurs de production.
- Approche formelle : En raison d'une charge de travail élevée, les responsables peuvent clôturer les signalements sans résoudre réellement le problème. Pour lutter contre cela, un contrôle à plusieurs niveaux et des réunions régulières d'analyse des risques non résolus ont été mis en place.
Motivation et implication : comment faire fonctionner le système
L'intervenante montre par l'exemple qu'il ne suffit pas de fixer des KPI quantitatifs (par exemple, « au moins 6 signalements par an et par personne »). Une telle approche peut entraîner une baisse de l'implication du personnel opérationnel, car les ingénieurs et techniciens atteignent plus rapidement le quota en identifiant des risques plus complexes.
Pour résoudre ce problème, l'entreprise a séparé les objectifs : les travailleurs ont conservé des KPI quantitatifs d'identification, tandis que les ingénieurs et techniciens se sont concentrés sur la résolution des problèmes et la conduite de dialogues sur la sécurité. De plus, un système de motivation matérielle a été mis en place : sélection mensuelle du meilleur signalement par un comité et loterie annuelle parmi tous les signalements soumis, avec des prix de valeur à la clé.
Ce que vous apprendrez de ce webinaire :
- Comment mettre en place un algorithme fonctionnel d'enregistrement et d'élimination des near miss dans une petite entreprise ?
- Pourquoi les KPI quantitatifs d'identification des risques peuvent-ils réduire l'implication des travailleurs et comment l'éviter ?
- Comment surmonter la barrière psychologique des employés qui hésitent à signaler les actes dangereux de leurs collègues ?
- Quelles méthodes de motivation matérielle et immatérielle fonctionnent réellement pour stimuler la soumission de signalements ?
- Comment organiser le contrôle de l'élimination des risques identifiés et éviter la clôture formelle des demandes ?